Condition Ovine – Célébrités

installation à découvrir sur le Pont Saint-Ange (métro La Chapelle)

jusqu’au 2 décembre 2020

Ironisant sur la condition humaine, les 46 portraits de moutons photographiés par Nabil Boutros soulignent l’individualité de chaque membre du troupeau. Ce traitement artistique, inhabituel pour des animaux, questionne les phénomènes de masse qui annihilent tout sens critique dans nos sociétés, mais aussi la relation du spectateur au vivant, qu’il s’agisse de se nourrir ou de s’inscrire dans une pratique rituelle.

Pour l’artiste, le sacrifice du bélier est à l’origine une pratique banale dans le milieu bédouin du Moyen-Orient d’où sont issues les trois religions monothéistes. Le mouton est un symbole nomade que l’on retrouve dans les récits des hébreux puis dans le christianisme et l’islam, notamment avec le sacrifice du fils d’Abraham/Ibrahim, épargné et remplacé par un bélier.

Ces oeuvres sont présentées à l’occasion de l’exposition Croyances : faire et défaire l’invisible, à découvrir virtuellement sur le site de l’Institut des Cultures d’Islam jusqu’au 27 décembre 2020 : loin du panorama et des stéréotypes, seize artistes se saisissent de façon poétique, critique ou décalée de la question du « croire », de ses conventions, pratiques et représentation.

Nabil Boutros vit et travaille entre Paris et Le Caire. Sa pratique est à la croisée de différentes disciplines : peinture, scénographie, installation et photographie. Ses images sur les rituels des coptes en Égypte et le Ramadan au Caire lui ont valu une reconnaissance internationale. Ses oeuvres ont été montrées dans de nombreuses institutions culturelles internationales, telles que le Musée Guggenheim de New York, l’Institut du Monde Arabe à Paris ou encore le Museum fur Modern Kunst de Francfort.

Pour aller plus loin

Photographiés en studio, des moutons, agneaux et béliers se révèlent dans toute leur singularité. En mettant à l’honneur ces ovidés par un traitement artistique inhabituel pour des animaux, Nabil Boutros veut questionner la relation du spectateur au vivant, qu’il s’agisse du besoin de se nourrir ou de l’élévation au statut sacré.

« Dans l’exposition, je présente une série de portraits de brebis réalisés dans des conditions de travail en studio, visant à mettre en valeur l’individualité de chaque bête. Le choix des moutons n’était pas un hasard, bien entendu, et les différentes entrées possibles rendaient ce choix encore plus intéressant. La notion de sacrifice est l’une d’entre elles. Les trois religions monothéistes sont issues d’un même milieu bédouin au Moyen-Orient où le sacrifice du bélier est une pratique banale et un symbole courant. Les récits bibliques des hébreux utilisent à profusion les motifs et les symboles nomades dont une figure importante est précisément le mouton (bélier, brebis, agneau). Le christianisme a repris ces symboles pour la simple raison que Jésus était juif et issu du même milieu. Il en a été de même pour l’islam qui a reconnu et repris les révélations des deux autres religions et qui est également issu du même environnement. Étant donné que l’ensemble des adeptes de ces trois religions forme la majorité des croyants sur terre, ces symboles sont presque devenus universels. Le sacrifice d’Abraham en est l’exemple le plus connu, le sacrifice de l’agneau de Pessah (la Pâque juive) avant le départ des hébreux d’Égypte, transcendé par le sacrifice du Christ en tant qu’agneau mystique, ainsi que la figure du berger (le bon pasteur) comme guide, sont d’autres références. »

Nabil Boutros

Écoutez l’interview de l’artiste réalisée à l’occasion de l’exposition :

Le pont Saint-Ange :
Exposition en partenariat avec les mairies du 10e et du 18e arrondissement, la direction des affaires culturelles et le comité d’histoire de la Ville de Paris.
Dans le cadre du projet d’aménagement de la promenade urbaine Barbès Stalingrad, au-delà des travaux d’amélioration de la voirie, de l’éclairage et de la circulation des piétons, plusieurs nouveaux usages urbains ont été imaginés : testeurs de commerce d’économie sociale et solidaire à Stalingrad, projet agricole sur le pont enjambant les voies de la gare de l’est, espace vélo à la chapelle, comptoir du marché à Barbès, propositions artistiques dans le cadre du projet Embellir Paris…. Ainsi, sur le pont Saint-Ange, qui enjambe les voies de la Gare du Nord et ouvre la vue au-delà de Paris, est installé un espace d’expositions constitué d’une cinquantaine de « cadres », au sein desquels sont programmés des projets de création contemporaine, notamment de photographie, ou des projets retraçant l’histoire, l’identité, la personnalité des quartiers traversés par la promenade : Barbès, la Goutte d’Or, la Chapelle, Stalingrad. Ces quartiers, reliés par le viaduc du métro, accueillent en effet depuis le 19e siècle les populations du monde entier, leurs cultures, leurs espoirs, leur énergie. L’espace se déploie sur les grilles nord et sud, parce qu’il s’agit aussi d’inviter les Parisien.ne.s à « traverser ».