Dossier spécial : la transe

À partir des œuvres de Bruno Hadjih et de Léonard Pongo présentées dans la section « Entrons dans la transe » de l’exposition Croyances : faire et défaire l’invisible, l’ICI propose un dossier sur la transe, expérience ésotérique inspirant les imaginaires et recouvrant différentes pratiques ayant en commun la manifestation physique d’un phénomène invisible.

Bruno Hadjih, Wird, 1996-2019
© Bruno Hadjih, courtesy galerie Mamia Bretesche

Depuis plus de 15 ans, Bruno Hadjih mène un travail photographique autour du soufisme. En allant à la rencontre de différentes confréries à travers le monde, il cherche à transmettre l’essence de ce courant mystique de l’islam qui prône une expérience possible du divin sur terre. Wird tire son nom d’une pratique qui rassemble incantations, prières et respirations menant à l’extase (hāl). Prises en Algérie, ces images de transes individuelles (zikhr) et collectives (khalwa) se déploient autour d’un paysage lunaire, le lieu-même où fut révélée la mystique soufie à Sidi Ahmed Tijani, fondateur de la confrérie Tidjaniyya. À l’instar d’un sculpteur, l’artiste travaille le noir, la lumière et les contours, pour tenter de représenter la quête de plénitude des fidèles par le détachement ultime, en dehors de l’espace et du temps.

Né en 1954 en Algérie, Bruno Hadjih vit et travaille entre Paris, le Gers et le Sahara. Après des études de sociologie, il s’oriente vers la photographie plasticienne. Ses travaux artistiques traitent particulièrement de la redéfinition des espaces décrits comme intangibles et portent une réflexion sur le monde méditerranéen, son histoire, sa culture et ses relations avec le reste du monde. Ses œuvres ont été exposés dans de nombreux musées, notamment à la Bibliothèque Nationale de France, au Museum of the African Diaspora de San Francisco, mais également aux Rencontres de Bamako.

Écoutez l’interview de l’artiste réalisée à l’occasion de l’exposition :

Léonard Pongo, The Necessary Evil, 2011
© Léonard Pongo

The Necessary Evil nous plonge dans l’univers des « églises de réveil » de Kinshasa et du Kasaï, en République Démocratique du Congo. Comptant des millions de fidèles sur le continent africain, ces églises qui mêlent des rituels protestants à des superstitions locales mettent l’accent sur la possession, les miracles, les guérisons et la prophétisation. Alternant extraits vidéos en noir et blanc et en couleurs, photographies, sons, paroles, musique et témoignages, l’œuvre joue sur le décalage des rythmes, des ambiances et des registres. Les corps s’agrègent en foule compacte, entrent en convulsion ou s’abandonnent sur le sol, tandis que l’argent coule à flot. Avec ce film expérimental, l’artiste s’interroge sur l’ambivalence d’un phénomène de masse, entre voyage spirituel et hystérie collective.

Né en 1988 en Belgique, Léonard Pongo vit entre Bruxelles et Kinshasa. Il a étudié les sciences politiques et sociales avant de se consacrer à la photographie documentaire. Léonard Pongo mène un travail artistique sur le long terme en République Démocratique du Congo. Ses images ont été publiées notamment dans le Guardian, National Geographic et sur CNN. Ses œuvres ont fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde et ont intégrées des collections publiques et privées.

Découvrez The Necessary Evil dans son intégralité exclusivement cette semaine :

Pour aller plus loin

En 2017, l’ICI présentait l’exposition Rock the Kasbah dont faisait partie la vidéo Nakh removed d’Angelica Mesiti. Cette œuvre s’inspire du rituel de la « danse des cheveux » pratiqué par les jeunes filles en âge de se marier dans le sud-est maghrébin et plus particulièrement dans la région d’Oued Souf en Algérie. Sur le rythme de tambourins joués par des hommes célibataires, les danseuses secouent la tête et atteignent progressivement un état de conscience altéré.

Dans sa vidéo, l’artiste se focalise sur les vagues créées par les chevelures souples et abondantes de quatre femmes. L’œuvre témoigne de l’universalité des mouvements de transe et d’étourdissement : de l’enfant tournant sur lui-même aux danses traditionnelles en passant par le head banging des adeptes de musique métal.

Angelica Mesiti vit et travaille entre Paris et Sydney. Dans ses œuvres, elle se sert des conventions cinématographiques et de langages performatifs pour répondre aux particularités d’un lieu donné, à son histoire, son contexte et ses populations.

Angelica Mesiti, Nakh Removed, 2015

vidéo (9’06’’) © Angelica Mesiti / courtesy the artist and Galerie Allen, Paris and Anna Schwartz Gallery, Melbourne

À venir

Le 6 juin prochain, l’Institut propose une initiation à la danse El Hâl par la chorégraphe et voyageuse Saida Naït-Bouda. Le Hâl est l’état de présence divine dans les rituels extatiques et de transe en Afrique du Nord. Saida Naït-Bouda proposera une exploration de ces savoirs dans un art du mouvement d’aujourd’hui qui en garde l’essence et l’esprit : ancrage à la terre, ressourcement des énergieset intériorité dans le collectif.

En attendant cet atelier, et dans le cadre du confinement, la chorégraphe vous invite au lâcher prise en partageant son carnet de voyage à danser : il y est question de paysages, de l’histoire de la femme jument, de contemplation, de trésors, et de danses…. N’hésitez donc pas à danser et à commenter ces plages musicales.

Chorégraphe et voyageuse, Saïda Naït-Bouda fonde sa recherche sur les arts et cultures traditionnels d’Afrique du Nord. Elle en extrait des spectacles, des ateliers, des rencontres, des transmissions de bien être et de savoir être.

Saida Naït-Bouda, Carnet de voyages à danser, 2020

musique (37’28’’) © Saida Naït-Bouda