Dossier spécial – les Intruses

Dans le cadre de l’appel à projet Embellir Paris, l’Institut des Cultures d’Islam a proposé à l’artiste Randa Maroufi de créer une œuvre répondant au contexte de Barbès, avec le soutien de la fondation Emerige.

Une vingtaine d’images en grand format sont installées depuis l’été 2019 le long du boulevard de la Chapelle et sous le métro aérien. Elles cherchent à susciter une prise de conscience sur l’occupation majoritairement masculine de certains sites.

L’artiste a invité les habitants à inverser les rôles lors d’une prise de vue photo et vidéo au printemps dernier. Le temps de ce tournage, les femmes ont remplacé les hommes qui se rassemblent sur la place de la Charbonnière et aux alentours. Bien que cette représentation aille à l’encontre des intentions égalitaires, elle propose avant tout d’interroger le partage de l’espace public entre les genres.

Avec ce projet engagé, l’Institut des Cultures d’Islam ne propose pas seulement d’embellir Paris : il veut inscrire le site dans son histoire et faire évoluer la perception d’un quartier autant que celle des rapports entre les femmes et les hommes.

Barbès – série Les Intruses est à découvrir in situ jusqu’au mois d’août prochain. En attendant de pouvoir à nouveau arpenter le boulevard de la Chapelle, nous avons sélectionné pour vous quelques photographies :

Story boards : © Mya-Sahara Azzeg

Photos : © Randa Maroufi, ADAGP, Paris, 2020. Un projet de l’Institut des Cultures d’Islam

Vues d’installation : © Guillaume Bontemps et JB Gurliat

Née en 1987 à Casablanca, Randa Maroufi vit et travaille à Paris. Elle s’intéresse à la mise en scène des corps dans l’espace public ou intime. Sa démarche, souvent politique, revendique l’ambiguïté pour questionner le statut des images et les limites de la représentation. À travers la photographie, la vidéo, l’installation, la performance et le son, l’artiste est au coeur des relations entre cinéma et art contemporain.

Pour en savoir plus sur la démarche de l’artiste, lisez cet article qui lui est consacré :

À l’occasion de Nuit Blanche 2019, une vidéo inédite du projet a été projetée dans le patio de l’ICI, animant Les intruses le temps d’une soirée exceptionnelle. Découvrez la exclusivement cette semaine :

Randa Maroufi, Barbès – série Les Intruses, 7′, 2019

© ADAGP, Paris, 2020. Un projet de l’Institut des Cultures d’Islam

avec le soutien du fonds de dotation Emerige

Pour aller plus loin

Très rare femme à s’être imposée au début du XXe siècle dans le milieu du cinema, la réalisatrice française Alice Guy proposait dès 1906 un court-métrage intitulé les résultats du féminisme.

Dans ce film, cette pionnière du cinéma se joue des genres en inversant les rôles : les hommes décorent leurs cheveux avec des fleurs, font le ménage, changent les couches des nouveaux-nés et s’adonnent à la couture et au repassage. De leur côté, dans un bar ou dans la rue, les femmes boivent, fument, lisent le journal et séduisent…

Randa Maroufi, qui a découvert cette pépite après avoir réalisé le projet Les intruses, la partage avec nous comme une mise en abîme de sa réflexion sur le genre et ses représentations, à plus d’un siècle d’écart.

 Alice Guy est considérée comme la première femmes réalisatrice de fiction, avec son court-métrage empreint d’humour La fée aux choux. Assistante de Léon Gaumont, elle se rend rapidement indispensable et est nommée, à 22 ans, directrice des studios Gaumont, un statut unique dans l’histoire naissante de l’industrie cinématographique. En 1907, après avoir réalisé des centaines de films, elle quitte la France pour les États-Unis. Quatre ans plus tard, elle est la réalisatrice et la productrice la plus riche du pays. La presse américaine en fait une star mais après de nombreux déboires à Hollywood, elle rentre en France dans l’entredeux guerres. Ayant perdue la place qui était la sienne au début du siècle, elle retourne aux États-Unis où elle vit de l’écriture de contes pour enfants et de conférences avant de s’éteindre, en 1968.

Découvrez dès à présent le film Les résultats du féminisme d’Alice Guy :

Alice Guy, les résultats du féminisme, 7′, 1906

Retour sur

En 2019, l’ICI présentait l’exposition C’est Beyrouth dont faisait partie les photographies de la série C’est dimanche de Myriam Boulos, qui interroge à sa manière la place des femmes dans l’espace urbain. L’artiste y suit les employées de maison originaires d’Éthiopie, de Madagascar, du Sri-Lanka ou encore des Philippines lors de leur seul jour de repos hebdomadaire : le dimanche. « J’ai toujours vu en elles la représentation de combats croisés, sociaux et politiques. J’ai eu l’envie de les photographier hors de leur cadre professionnel, en tant que femmes et non « femmes de ménage » expression souvent employée par certains de mes concitoyens au Liban ». Loin de la réalité de la Kafala – tutelle exercée par leurs employeurs et conduisant à un véritable système d’exploitation – la photographe s’intéresse aux loisirs de ces femmes et aux lieux qu’elles fréquentent, la photographe s’intéresse aux loisirs de ces femmes et aux lieux qu’elles fréquentent. Leur présence dans les rues de Beyrouth se fait plus visible donnant, pour quelques heures, un nouveau visage à certains quartiers.

Née en 1992 au Liban, Myriam Boulos vit et travaille à Beyrouth. Elle se forme à la photographie à l’Académie des Beaux-arts du Liban. À travers son travail, elle questionne la ville, ses habitants et la place qu’elle peut avoir parmi eux. Elle a participé à des expositions collectives nationales et internationales, dont la Beirut Art Fair, Mashreq to Maghreb en Allemagne et les Jeux de la Francophonie à Abidjan, en Côte d’Ivoire. En septembre 2014, elle a reçu le prix Purple Lens Byblos Bank. Par la suite, son travail fait l’objet d’expositions monographiques à l’étranger et au Liban. Elle fait partie des membres fondateurs du Collectif Gemini.

Écoutez l’interview de l’artiste réalisée par France Info à l’occasion de l’exposition :