Dossier spécial : les nouveaux sacrés

L’ICI propose un dossier sur les nouveaux sacrés à partir des œuvres des artistes Seumboy VRAINOM :€, Tabita Rezaire et Josèfa Ntjam dans la section Dieu ou le wifi ? de l’exposition Croyances : faire et défaire l’invisible. Ces artistes mixent les pratiques traditionnelles avec le digital et créent ainsi de nouveaux rituels hybrides à l’ère de « l’Homo Numericus ».

Josèfa Ntjam, On a distillé quelques larmes d’opal, 2020 © Josèfa Ntjam

Seumboy Vrainom :€, Prière au wifi, 2019 © Seumboy Vrainom :€ 

Tabita Rezaire, PREMIUM CONNECT, 2017  © Tabita Rezaire, courtesy Goodman Gallery, Afrique du Sud 

Poème

L’œuvre de Josèfa a été créée spécialement pour l’exposition Croyances : faire et défaire l’invisible, et fait cohabiter des éléments hétéroclites. Dans un jeu de transparences et de superpositions de formes, de matières et de couleurs psychédéliques, s’entrelacent des motifs végétaux et organiques, les mains sculptées d’un fétiche en bois, une carte de marabout agrandie à l’échelle XXL, un cauri géant (coquillage utilisé historiquement comme monnaie et encore aujourd’hui dans des rituels magiques), une chaîne rappelant un chapelet chrétien ou le misbaha musulman… Ce photocollage composite de Josèfa Ntjam, esquisse un monde fantastique et non hiérarchisé, reflétant les considérations d’une génération Internet baignant dans une profusion d’images et de messages, auxquels chacun est libre de croire, ou pas…

Née en 1992 en France, Josèfa Ntjam vit et travaille à Aubervilliers. Artiste pluridisciplinaire, elle développe une pratique artistique transversale, liant aussi bien la vidéo que l’écriture, l’installation et le photomontage. Développant un travail influencé par la science fiction, Josèfa créé dans ses œuvres des alternatives de monde qu’elle désigne sous le nom de « futuribles ». Ses travaux ont été présentés au Hordaland KunstSenter de Bergen, à la Biennale de Lyon, au Zentral à Bâle, et au Palais de Tokyo à Paris. 

Lisez le poème de Josèfa Ntjam inspiré de son œuvre On a distillé quelques larmes d’opal présentée dans le cadre de l’exposition :

Interview

Seumboy VRAINOM :€ se qualifie d’apprenti chamane numérique. Cet artiste adepte de la « Numéricosophie » (spiritualité qui propose de construire une cosmogonie incluant la dimension numérique de l’univers) détourne les codes des rituels traditionnels pour les appliquer aux nouvelles technologies. À l’occasion de l’exposition Croyances : faire et défaire l’invisible, le public est invité à découvrir ses performances décalées, comme en témoigne l’oeuvre ici exposée. Dans cette vidéo, l’artiste invoque le wifi qu’il compare à une forme d’énergie aléatoire et spirituelle. Seumboy s’interroge ainsi sur la place du web dans nos sociétés contemporaines : Internet est-il devenu une nouvelle religion ?

Né en 1992 en France, Seumboy Vrainom :€ vit et travaille sur internet. Pur héritier de l’histoire coloniale française, il a grandi au Luth, une cité de région parisienne. Flottant dans le virtuel, il s’est plongé dans l’espace numérique à défaut de se réapproprier la terre. Se définissant comme un chamane numérique, il développe des performances décalées où il détourne les codes des rituels traditionnels pour les appliquer aux nouvelles technologies. 

Ecoutez l’interview de Seumboy VRAINOM :€ dans le cadre de l’exposition :

Vidéo

Tabita Rezaire (re)pense les technologies de l’information et de la communication à travers le prisme des mondes organiques et spirituels pour surmonter ce qu’elle nomme « la fracture organisme-esprit-appareil ». Son travail s’inscrit dans une démarche décoloniale et s’inspire d’études sur le fonctionnement de la nature et sur les traditions africaines qu’elle met en perspective avec l’origine des « nouvelles » technologies. Les transferts de données informatiques s’apparentent ainsi aux rhizomes souterrains des champignons utilisés par les plantes pour s’échanger des informations, et l’on peut voir l’ancêtre du système binaire dans le rituel de divination Ifa du peuple Yoruba (qui repose sur le lancer d’une ou deux noix). En entremêlant de multiples références et motifs comme les coquillages, les conversations SMS, les images numériques et l’univers des jeux vidéos, l’artiste vient bousculer les conceptions occidentales.

Née en 1989 en France, Tabita Rezaire vit et travaille à Cayenne. Après avoir étudié l’art video à Londres, elle se consacre à sa pratique artistique, se mettant fréquemment en scène dans ses œuvres numériques. Son travail interroge les concepts de race, de colonialisme et de féminisme. Inspiré par la mécanique quantique et cosmique, il est enraciné dans des espaces-temps où la technologie et la spiritualité se croisent comme un terrain fertile pour nourrir des visions de connexion et d’émancipation. Ses œuvres sont exposées régulièrement à travers le monde (à la Serpentine Gallery de Londres, au MoMa de New York ou encore au Musée d’Art Moderne de Paris).

Découvrez PREMIUM CONNECT, œuvre de Tabita Rezaire présentée dans l’exposition Croyances : faire et défaire l’invisible :

Pour aller plus loin

En 2017, l’ICI accueillait Ibaaku dans le cadre d’un hammam mix proposé lors de la saison Rock the Kasbah. Autrefois connu sous le nom d’ExStaz, pilier de la scène hip-hop sénégalaise dans les années 1990, l’artiste est un ovni musical au style en perpétuelle évolution, se réclamant du hip-hop, de l’électro, du jazz, de la soul et du funk, sur fond d’afro-futurisme…

Ibaaku explore une variation de styles auditifs et visuels, plongeant ainsi son public dans un métissage artistique traversant les époques, les emmenant sur un terrain avant-gardiste pour une évasion mystique, visuelle et sonore. La propagation de l’énergie vibratoire de ses œuvres aux multiples facettes extirpe alors le public hors de l’espace-temps. La musique d’Ibaaku incarne alors une façon d’aborder et de créer de nouveaux sacrés.

Ibaaku, fer de lance du renouveau de la scène artistique sénégalaise. Il a sorti en 2016 son premier album solo Alien Cartoon, fusion de rythmes hip-hop, de samples, de sonorités urbaines et de rythmes traditionnels ouest-africains.

Plongez dans l’univers d’Ibaaku avec ce live filmé à l’Institut Français de Dakar :

À venir

La conférence « Les nouveaux sacrés à l’heure de l’Homo-Numericus » initialement prévue jeudi 4 juin à l’ICI étant reportée ultérieurement, nous vous en proposons un avant-goût avec cette interview de Mawena Yehouessi, curatrice, chercheuse en arts et philosophie, fondatrice du collectif Black(s) to the Future. Intéressée par les alter-futurismes, elle développe dans ses travaux une pratique exploratoire et prospective.

Visionnez l’interview de Mawena Yehouessi invitée sur le plateau de TV5 MONDE :